Centres de santé communautaire

Un CHECKPOINT est un centre de santé communautaire pour les hommes gay et les autres hommes qui ont du sexe avec des hommes (HSH), et pour les personnes trans* et leur partenaires.

Sécurité négociée

La sécurité négociée signifie que des individus fixent ensemble des règles explicites de comportement sexuel et s’y tiennent pour exclure un risque d’infection par le VIH et réduire les risque de contraction d'autres IST. :

Que signifie sécurité négociée ?

La sécurité négociée signifie que les partenaires concluent un accord explicite de comportement sexuel en vue d’empêcher une transmission du VIH lors de relations sexuelles non protégées. Pour cela, ils font le point sur leur propre statut sérologique après 3 mois de relation et se le révèlent mutuellement, fixent les règles de comportement dans les contacts extérieurs au couple (respect du Safer Sex) et conviennent d’une obligation d’information en cas de manquements ou de contraction d'une IST.

Distinction par rapport à l'exclusivité sexuelle (promise/attendue) : la sécurité négociée est une convention explicite et non une attente tacite, qui accepte explicitement que des relations sexuelles aient lieu ou puissent avoir lieu en dehors du couple. Cet accord est la condition pour que les manquements éventuels puissent être révélés. La sécurité négociée ne comporte donc ni promesse d'exclusivité (renoncement aux relations sexuelles extérieures), et ne considère pas qu’il y a violation de la fidélité en cas d’aventures extérieures protégées (défaut d’explicitation).

Jusqu’à présent, cette stratégie a eu une définition très restrictive dans la recherche et ne s’applique qu’aux relations entre deux personnes séronégatives. Cependant, la sécurité négociée peut également être décidée entre partenaires sérodifférents ou dans un groupe de partenaires sexuels.

Comment la sécurité négociée influe-t-elle sur le risque d’infection par le VIH ?

Lorsque la sécurité négociée fonctionne bien, elle évite les contacts non protégés avec des partenaires susceptibles d’être séropositifs et donc les infections par le VIH.

La sécurité négociée suppose, d’une part que les partenaires concerné•e•s par ce type d’accord connaissent avec certitude leur propre statut sérologique et, d’autre part, qu’ils le fassent connaître à leurs partenaires sexuel•le•s. Cette situation est désignée sous le nom de principe de la connaissance mutuelle du statut sérologique.

Le véritable contenu d’un accord relevant de la sécurité négociée se rapporte au comportement en matière de protection en dehors de la relation convenue et à l’attitude des partenaires vis-à-vis de la divulgation d’un manquement en vertu de ce principe.

Comment mettre en place une sécurité négociée ?

La procédure générale de sécurité négociée est la suivante :

  1. Les partenaires concerné•e•s s’entendent explicitement sur le modèle de sécurité négociée.
  2. Les partenaires concernés ont uniquement des relations sexuelles protégées pendant trois mois.
  3. A l’expiration de ce délai, les personnes concernées réalisent un bilan VIH/IST.
  4. Si les tests VIH sont négatifs, les partenaires peuvent avoir entre eux des relations sexuelles non protégées (par rapport au VIH) sans courir de risques ; en dehors du partenariat, ils s’en tiennent aux règles du Safer Sex.
  5. Si l’un des partenaires a quand même des relations sexuelles non protégées en dehors de la relation, il/elle en informe le/la partenaire et la procédure est réitérée.
  6. En cas de dépistage ou de symptômes d’une autre IST, le/la partenaire est informé•e et tous deux se font dépistées et/ou traiter.
Quelle est l’efficacité de la protection? Pour qui?

Si les partenaires concerné•e•s respectent le contrat passé dans le cadre de la sécurité négociée, les transmissions du VIH sont évitées en toute fiabilité. Les risques liés à la mise en pratique de la sécurité négociée sont ceux provenant du manque de fiabilité éventuel de ses composants :

- connaissance fiable des statuts sérologiques mutuels.

- respect du comportement en matière de protection en dehors de la relation.

- information immédiate en cas de manquement ou de diagnostic d'une IST.

Il est évident que l’accord de sécurité négociée dans les relations sexuelles repose, en grande mesure, sur la confiance mutuelle et la fiabilité des partenaires concerné•e•s. Cela signifie que tous les aspects qui contribuent au renforcement ou à la dégradation des relations de confiance ont également des conséquences sur la fiabilité de la sécurité négociée en tant que stratégie de prévention. Cette situation est désignée sous le nom de principe de confiance.

Dans la réalité des relations, la sécurité négociée est fréquemment négligée :

  • le statut sérologique n’est pas déterminé par un bilan VIH/IST au début de l’accord (3 mois au moins d'exclusivité sexuelle),
  • l’accord explicite est remplacé par des attentes morales implicites (p. ex. la fidélité),
  • la réalité des contacts extérieurs et le comportement à avoir après des manquements n’ont pas été clairement réglementés et discutés à l’avance.

Dans de telles conditions déficientes, la « sécurité négociée » est une cause fréquente d’infections par le VIH au sein d’un couple.

Sécurité négociée dans des relations stables entre deux personnes séronégatives au VIH

Dans des relations stables séronégatives où la base nécessaire à la confiance est présente et où l’accord a été explicitement conclu, l’effet de protection est élevé.

Sécurité négociée dans des relations stables entre deux personnes sérodifférentes (Vih+ & VIH-)

Dans les couples sérodifférents, la sécurité négociée est également un concept envisageable, surtout lorsque la personne séropositive suit une trithérapie efficace et que la charge virale s’est maintenue avec stabilité sous le seuil de détection pendant au moins six mois. Dans ce cas, le contrat de sécurité négociée devrait cependant inclure la réalité de la thérapie. Des conseils préalables prodigués au couple par un spécialiste médical sont judicieux. Les déterminations de la charge virale et un bilan IST de manière régulière complètent la procédure.

Sécurité négociée dans les groupes (plus de deux partenaires)

Le concept de sécurité négociée repose sur les deux principes de la connaissance mutuelle du statut sérologique et de la confiance. Une extension en dehors de la situation de couple est extrêmement délicate et exigeante. Elle n’est en général envisageable que dans le cas de relations parallèles, stables et de longue durée car ce n’est que dans ce cas que le délai de trois mois avant un test commun peut être respecté. Et la condition indispensable est que toutes les personnes impliquées dans le réseau se connaissent et soient d’accord sur le modèle. Ces conditions ne devraient être remplies que dans des cas exceptionnels.

Si ces conditions ne sont pas réunies, les conséquences peuvent être importantes. En effet, via une cascade de primo-infection, le VIH ou d'autres IST peuvent se répandre très rapidement dans tout le groupe.

Relations en chaînes – Un couple conclut un accord de sécurité négociée et les partenaires continuent à avoir des relations non protégées avec d’autres partenaires sur la base de cet accord. Si le/la partenaire initial•e n’est pas informé•e de cet accord secondaire et ne l’a pas approuvé, la relation de confiance est distendue. Il dépend alors de la fiabilité d’un•e partenaire qu’il/elle ne connaît pas. Et il/elle ne sait pas quels accords cette tierce personne conclut de son côté.

Relations de groupe – Plusieurs personnes décident en commun de se fier mutuellement au modèle de sécurité négociée pour les relations sexuelles qu’elles peuvent avoir les unes avec les autres. Dans ce cas, la sécurité négociée n’est envisageable que si le groupe peut être considéré comme fermé et que toutes les personnes concernées sont conscientes de la nécessité impérative de renoncer immédiatement aux contacts non protégés dans le groupe lorsque d’autres contacts ne sont pas sûrs.

Quelle est l'efficacité de la sécurité négociée comme mesure de prévention du VIH?
  1. Beaucoup de transmissions du VIH ont lieu au cours de relations sexuelles stables de plus ou moins longue durée. Les partenaires de relations sexuelles stables constituent donc un groupe vulnérable vis-à-vis du VIH et des autres IST, en particulier dans le cas d'hommes insertif ("actifs") changeant fréquemment de partenaires ou ayant régulièrement des contacts sexuels extérieurs  parallèlement à leur relation stable.
  2. Dans les relations stables, le respect systématique du Safer Sex relève plutôt de l’exception que de la règle. Dans cet environnement, la stratégie de prévention sécurité négociée constitue la seule stratégie pour réduire le risque d’infection par le VIH de manière efficace.
  3. Correctement appliquée, la sécurité négociée constitue une mesure de prévention très efficace.
  4. L’accord de sécurité négociée ne peut être conclu que pour des relations dans lesquelles le principe de la connaissance mutuelle du statut sérologique et celui de la confiance sont respectés. Il s’agira en général de relations stables entre deux personnes car pour les autres types de relations sexuelles, ces principes imposent des contraintes très fortes aux personnes concernées qui doivent toutes scrupuleusement les respecter.
  5. Une extension à des cercles fermés stables nécessite des accords appropriés. Comme la sécurité négociée suppose une relation de confiance entre les personnes concernées, il semble nécessaire que l’ensemble du groupe se réunisse pour que les règles du jeu puissent être fixées en commun. Une extension en dehors du couple par enchaînement d’accords liant deux personnes serait trop délicate.
  6. En dépit de la sécurité négociée, le risque de transmission d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) demeure présent car ces dernières peuvent parfois être transmises même en respectant les règle du Safer Sex. Cependant, ce risque ne peut pas être évité tant que l’on s’engage dans plusieurs partenariats sexuels. Il est alors impératif que les partenaires s'informe mutuellement en cas de diagnostic d'une IST.

La sécurité négociée est une stratégie de prévention du VIH rationnelle et sûre si les principes de la connaissance mutuelle du statut sérologique et de confiance sont respectés.

Elle impose cependant des contraintes importantes aux personnes concernées et convient uniquement pour les types de relations dans lesquelles on peut compter sur le respect des règles correspondantes.