Centres de santé communautaire

Un CHECKPOINT est un centre de santé communautaire pour les hommes gay et les autres hommes qui ont du sexe avec des hommes (HSH), et pour les personnes trans* et leur partenaires.

Serosorting & Serodisclosure

 

Sérotriage / Serosorting

 

Révélation de la séropositivité / Serodisclosure

Comment connaître le statut sérologique de mes partenaires ?

A moins d’être dans une relation stable, il ne faut pas s’attendre à ce que les partenaires annoncent leur statut sérologique pour se protéger. Souvent les partenaires ne le savent pas eux-mêmes avec certitude, et, s’ils le savent, ne peuvent ou ne veulent pas le dire dans le contexte d’une rencontre par crainte de faire disparaître le désir. Chacun•e est seul•e responsable de sa santé et des risques pris. Il ne faut pas compter sur les autres pour nous protéger à notre place.

La serodisclosure est la révélation de sa propre séropositivité à un•e partenaire sexuel•le. La serodisclosure est une condition du serosorting.
Le serosorting ou sérotriage consiste, pour des individus connaissant leur propre statut sérologique, à rechercher des partenaires ayant le même pour pouvoir renoncer au Safer Sex.

Pour les personnes séronégatives, le serosorting est une mauvaise stratégie parce que le véritable statut VIH est souvent inconnu et qu’il ne faut pas s’attendre à ce que des personnes porteuses du VIH révèlent leur statut (en dehors d’un partenariat stable).

Pour les personnes séropositives, le serosorting peut constituer une stratégie judicieuse mais qui les expose à la contraction d'autres IST auxquelles elles sont plus sensibles en raison de leur immunité réduite.

Sérotriage / Serosorting

Un tiers des personnes séropositives ignorent leur propre infection

Le serosorting (sérotriage, séroadaptation, séro-choix) consiste, pour des individus connaissant leur propre statut sérologique (positif ou négatif), à rechercher des partenaires ayant ce même statut sérologique et à avoir exclusivement des relations sexuelles avec des individus de cette catégorie.

En tant que stratégie, le serosorting doit être considéré différemment selon que la personne concernée est séropositive ou séronégative.

Le sersorting comme stratégie des personnes séropositives

Quelles peuvent être les conséquences individuelles ?

Avec le serosorting, les personnes séropositives peuvent avoir des relations sexuelles non protégées comparativement sans danger quant au risque de transmission du VIH.

La probabilité de voir quelqu’un se faire passer à tort pour séropositif et donc celle de la survenue d’une infection peut être considérée comme négligeable.

Certes, différents experts médicaux évaluent diversement le risque de surinfection par le VIH causée par un nouveau type d’ARN du VIH ayant des effets défavorables sur une thérapie antirétrovirale. Dans l’ensemble, des surinfections ayant des conséquences cliniques sont cependant extrêmement rarement observées, voire même jamais. Une surinfection est jugée possible lorsqu’un partenaire est porteur d’un virus résistant aux thérapies et que l’autre partenaire n’est pas déjà infecté par celui-ci.

En l’état actuel des connaissances, les situations suivantes ne présentent aucun risque :

- Les deux partenaires sont stabilisés sous thérapie, avec suppression totale de la charge virale.

- Un des partenaires est stabilisé sous thérapie avec suppression totale de la charge virale et l’autre n’est pas traité et n’a aucune résistance connue à la thérapie.

- Les deux partenaires sont infectés par le même virus (transmission dans le couple) et n’ont suivi jusqu’ici aucune thérapie.

- Les deux partenaires n’ont suivi aucun traitement et ont des virus d’origine différente, qui ne montrent aucune résistance.

Pour évaluer le risque d’une surinfection, il est nécessaire de connaître les virus des deux partenaires. Un risque effectif pour l’un ou l’autre des partenaires apparaît surtout lorsque l’un d’eux est porteur d’un virus résistant aux thérapies. Avec des partenaires occasionnels et des relations sexuelles anonymes, cette connaissance fait défaut. Une personne porteuse du VIH court donc le risque (faible) de contacter une surinfection lors d’un contact non protégé, qu’il fasse l’objet ou non d’une trithérapie efficace.

Le sérosorting est-il une stratégie efficace pour les personnes porteuses du VIH ?
  1. Les conditions mentionnées, dans lesquelles une surinfection éventuelle est à exclure, ne valent que dans le cadre de relations stables. Lors de contacts occasionnels, y compris entre personnes séropositives, le risque demeure faible.
  2. Le serosorting peut largement diminuer le risque, pour les personnes séropositives avec une virémie détectable, de transmettre le virus à un•e partenaire séronégative.
  3. Comme dans tous les cas de relations sexuelles non protégées avec des partenaires occasionnel•le•s, le risque de transmission d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) demeure présent. Ces infections peuvent avoir des effets indésirables sur l’évolution en cours de l’infection par le VIH (p. ex. des éruptions virales) ou sur l’efficacité d’une thérapie ; et les IST en elles-mêmes sont loin d’être inoffensives.
  4. Le serosorting a un potentiel de stratégie de formation d’une communauté. Les personnes séropositives peuvent en général compter sur un soutien mutuel psychologique et social fort. Cela peut contribuer à la fois à favoriser l’instauration de relations stables entre personnes séroconcordantes et la création de plates-formes permettant des relations sociales et sexuelles exclusives entre personnes séropositives (p. ex. les soirées POZ).
  5. Le serosorting recèle le risque d'enfermement social progressif.
  6. L’impact épidémiologique potentiel du serosorting est difficile à estimer et dépend du nombre de personnes séropositives qui optent résolument pour cette stratégie. On a appris en 2007, qu’à San Francisco, la communauté homosexuelle promouvait le serosorting en tant que stratégie, ce qui a entraîné une diminution des contacts sérodifférents à risques. Cependant, le potentiel épidémiologique du serosorting suppose sans doute une prévalence suffisamment forte du VIH dans un groupe social, car ce n’est que dans ce cas qu’un nombre suffisant de partenaires éventuel•le•s sont disponibles et qu’une dynamique de groupe peut s’instaurer en matière d’outing.
  7. Les CHECKPOINTS ne peuvent émettre des recommandations pour le choix des partenaires des personnes porteuses du VIH. Cela reviendrait à s’immiscer dans leurs vies privées, pourrait encourager les tendances à l'effermement social et serait en contradiction avec le principe de non discrimination.

Hormis le risque de transmission d’autres IST, seuls quelques arguments plaident en défaveur du serosorting entre personnes porteuses du HIV comme stratégie individuelle volontaire. Cependant, l’effet épidémiologique reste imprécis.

Le serosorting comme stratégie des personnes séronégatives

Quelles peuvent être les conséquences individuelles ?

Le serosorting est une stratégie très répandue chez les personnes séronégatives. D’après une étude menée en 2001 en Grande-Bretagne chez 17 000 HSH, c’est la deuxième stratégie la plus fréquemment pratiquée après le Safer Sex. Cependant, s’agissant d’éviter les transmissions du VIH chez les personnes séronégatives, il est loin d’être aussi efficace que la disposition à informer et l’honnêteté des personnes concernées. Ces conditions ne sont pas garanties en toute fiabilité entre partenaires nouveaux et/ou anonymes.

Il est hautement risqué de considérer le serosorting comme naturel sans se poser de questions. Les attentes correspondantes se renforcent en se croisant :

« S’il était séropositif, il me le dirait »

« S’il n’était pas séropositif comme moi, il n’accepterait pas d’avoir des relations sexuelles non protégées ».

Cependant, même un questionnement explicite n’augmente pas significativement l’effet de protection : à la différence des incitations à la révélation qui peuvent conduire les personnes séropositives à révéler leur statut à leurs semblables, il semble plutôt exister, pour les personnes séropositives environnées de personnes séronégatives, des incitations à ne communiquer à un nouveau partenaire attirant que ce qui concerne leur propre état de santé, ce qui « passe » dans un contexte concret. De ce point de vue, différentes études ont montré que de 15 % à 30 % des personnes séropositives ne révélaient pas leur statut sérologique et avaient des relations sexuelles non protégées avec des personnes séronégatives.

Par ailleurs, un nombre incroyablement élevé de personnes ayant des rapports occasionnels, qui s’imaginent séronégatives et le font savoir, sont effectivement infectées par le VIH. Il faut partir du fait que plus d’un tiers des personnes séropositives ignorent leur propre infection, au moins dans les groupes à forte prévalence comme les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Plusieurs études importantes menées dans l’UE et aux Etats-Unis l’ont prouvé d’une manière irréfutable.

Dans les réseaux sociaux d’individus sexuellement actifs, de véritables chaînes de transmission du VIH peuvent se former en très peu de temps en raison de la très forte augmentation du risque de transmission par des personnes fraîchement infectées par le VIH, càd en primo-infection.

Les deux aspects principaux de la fonctionnalité du serosorting, à savoir la connaissance effective de son propre statut sérologique et la révélation d’une infection par le VIH, font du serosorting pratiqué par des personnes séronégatives une stratégie de prévention du VIH qui impose des contraintes très fortes aux individus concernés. Dans ces groupes, en dehors des relations stables ou pratiquées avec des partenaires anonymes, les partenaires ne devraient pas seulement se tester régulièrement (tous les ans voire deux fois par an au delà de 10 partenaires), mais ils devraient aussi pouvoir attendre la même chose de leurs partenaires et toutes les personnes concernées devraient, en cas de résultat positif d’un test, décider de changer de comportement. Cela n’est pas réalisable avec des contacts occasionnels et c’est aussi très contraignant même au sein de réseaux sexuels stables.

Le sérosorting est-il une stratégie efficace pour les personnes séronégatives ?
  1. Le serosorting, en tant que stratégie utilisée par des personnes (présumées) séronégatives en dehors de relations stables, n’est pas une mesure de prévention judicieusement applicable ; l’efficacité de la protection est insuffisante. Les illusions sur l’attitude vis-à-vis de la révélation de leur état ou sur leur propre statut sérologique des personnes séropositives associées au choix de cette stratégie auraient même une responsabilité déterminante dans nombre d’infections par le VIH.
  2. La décision de personnes séronégatives de n’avoir des relations sexuelles qu’avec des personnes séronégatives ou de renoncer aux contacts sexuels – même protégés – lorsqu’un partenaire se déclare séropositif complique l’outing des personnes séropositives et elle est humiliante.
  3. Ni l’Etat ni l’ASS ne peuvent émettre des recommandations sur le choix du partenaire. Si cela était fait au détriment des personnes séropositives (« Pas de relations sexuelles avec des personnes séropositives ! »), cela serait en contradiction manifeste avec le principe de non discrimination.
  4. Connaître son propre statut sérologique - une des conditions de base du serosorting, y compris pour les personnes séronégatives - peut tout à fait être encouragé. Mais avec pour objectif de pouvoir conseiller de façon appropriée des personnes séropositives de fraîche date et éventuellement de les inciter à suivre une thérapie.

Le serosorting en tant que stratégie de protection des personnes séronégatives est très risqué et discriminatoire vis-à-vis des personnes séropositives.

Révélation de la séropositivité / Serodisclosure

Qu’est-ce que la stratégie de révélation ?

Le choix du comportement de protection sexuelle en fonction du statut sérologique du ou de la partenaire est étroitement lié au serosorting : pas de protection si les statuts sérologiques concordent, protection en cas de discordance.

La différence avec le serosorting réside donc dans le fait que l’on n’a pas exclusivement des relations sexuelles avec des partenaires de même statut sérologique et que les personnes séropositives ne peuvent pas, en principe, être refusées comme partenaires. Au lieu de cela, il faut adapter son propre comportement en matière de protection au risque de transmission du VIH. L’aspect discriminatoire du serosorting disparaît donc.

Quelle est l’efficacité de la protection individuelle ?

Comme l’ont montré les commentaires sur le serosorting comme stratégie des personnes séronégatives (voir ci-dessus), l’information sollicitée auprès d’un•e partenaire occasionnel•le sur son statut sérologique manque cruellement de fiabilité. Pour les relations occasionnelles, une base pour cette stratégie de protection fait défaut. Il en va autrement pour les partenariats stables. Ici, la stratégie individuelle de protection fait toutefois l’objet d’accords contraignants entre les partenaires, au sens de la sécurité négociée (voir fiche d’information séparée).

Pour les personnes séronégatives, la serodisclosure est-elle une stratégie de prévention du VIH efficace ?

La serodisclosure – révélation de son propre statut sérologique et demande de renseignements sur le statut sérologique de son ou de sa partenaire : choix du comportement à adopter en matière de protection sur la base des informations recueillies – n’est pas une mesure de prévention pouvant constituer une stratégie judicieuse pour des personnes (présumées) séronégatives en dehors de relations stables ; l’effet protecteur est insuffisant. Les espoirs placés à tort dans cette stratégie auraient même une responsabilité déterminante dans nombre d’infections par le VIH.

Conclusion : La serodisclosure est une stratégie de protection très risquée pour les personnes séronégatives. Il est important d’informer sur ses défauts.